Compte-rendu #4 : atelier sur la lutte contre les discriminations

La fabrique de Seine-Saint-Denis en Commun continue ! Après des ateliers sur l’éducation, les solidarités et l’emploi, nous nous sommes retrouvé.e.s ce jeudi 4 février pour un 4ème atelier sur le thème de la lutte contre les discriminations, animé par Lennie Nicollet, président de HES, et introduit par Stéphane Troussel, président du Département.

Nous remercions l’ensemble des participant.e.s et notamment nos grand.e.s témoins : Dominique Sopo, président de SOS Racisme, Elise Boscherel-Deniz, enseignante et présidente de Canal 93, Zaïnaba Saïd Anzum, conseillère départementale et maire-adjointe à La Courneuve.

En Seine-Saint-Denis, le poids des discriminations quotidiennes

Les discriminations sont une préoccupation forte en Seine-Saint-Denis. Elles touchent en effet une large partie des habitant.e.s du territoire, dès le plus jeune âge.  Beaucoup de Séquano-Dionysiennes et de Séquano-Dionysiens ont le sentiment d’être plus discriminé.e, en fonction de leur couleur de peau, de leur religion, ou encore de leur lieu d’habitation, quitte à être considéré.e comme des « citoyennes et des citoyens de seconde zone ».

À l’appui de ce diagnostic, il y a bien sûr les témoignages, nombreux, comme celui d’Elise Boscherel-Deniz, enseignante d’histoire-géographie au lycée Louise Michel d’Epinay-sur-Seine qui a assisté, il y a tout juste trois ans, à un contrôle au faciès sur 3 de ses élèves en gare du Nord au retour d’un voyage de classe.

Au-delà des témoignages, il est souvent difficile de quantifier ces phénomènes de discriminations et d’objectiver le ressenti exprimé par les habitants à ce sujet.

C’est pourquoi le Département a réalisé une enquête avec l’institut Harris, publiée en juin 2020 ; le baromètre des discriminations en Seine-Saint-Denis. Les résultats sont éloquents : 6 personnes interrogées sur 10 déclarent avoir été victimes de discrimination au cours des cinq dernières années. 87 % des personnes interrogées estiment que les habitant.e.s du Département sont discriminé.e.s en raison de leur couleur de peau ou de leur origine.

Rendre effective l’égalité des droits

Les participant.e.s ont discuté des atouts et des limites des différents moyens de lutte contre les discriminations pour faire évoluer la situation :

  • Le recours au juge ne peut pas être la solution miracle, comme l’a rappelé D. Sopo. Si le droit s’est étoffé pour faciliter les condamnations (prise en compte de plus de types de discriminations, simplification de la procédure pénale…), dans bien des cas, il reste très difficile d’apporter la preuve d’une discrimination. Par conséquent, c’est aux différents acteurs et actrices susceptibles de discriminer qu’il revient d’agir, et l’État a la responsabilité de les y inciter ou de les y contraindre.
  • La lutte contre les discriminations passe ainsi par un combat politique. Il s’agit de dénoncer, porter le débat dans l’espace public, rendre visible le phénomène, notamment lorsqu’il concerne des institutions comme la police. Stéphane Troussel et Zaïnaba Said Anzum ont souligné leur engagement en ce sens, ajoutant qu’ils ont une responsabilité particulière à ce sujet en tant qu’élu.e.s de la Seine-Saint-Denis.
  • Les participant.e.s ont insisté sur la nécessité de faire évoluer les mentalités par une sensibilisation accrue, notamment chez les plus jeunes. L’école, les associations, doivent participer à cet effort. Une journée de sensibilisation aux discriminations pourrait être mise en place dans les collèges. En matière de lutte contre les discriminations liées au genre, le Département a créé il y a déjà plusieurs années le dispositif « jeunes contre le sexisme », qui vise à sensibiliser les collégiennes et les collégiens à ces enjeux d’importance.

Le Département s’efforce d’être exemplaire en matière de lutte contre les discriminations

Zaïnaba Said Anzum a rappelé les principaux axes de l’action départementale en matière de lutte contre les discriminations, tout en soulignant qu’il reste encore beaucoup à faire :

  • Le Département effectue un important travail en interne pour devenir un employeur modèle contre les discriminations. À titre d’exemple, une cellule d’écoute « alerte discrimination » pour les agent.e.s a été mise en place. Le Département a également signé la charte de l’Autre Cercle en s’engageant à garantir un environnement de travail inclusif quel que soit son identité de genre ou orientation sexuelle. Ces engagements ont été reconnus par une double labellisation (« diversité » et « égalité femmes-hommes ») attribuée par l’organisme certificateur AFNOR l’an dernier.
  • Le Département soutient pleinement les actrices et acteurs du territoire engagés dans la lutte contre les discriminations, par des aides financières, mais aussi par l’organisation de formation ou de journées de travail.
  • Enfin, le Département travaille également à la transformation de l’image du territoire (avec notamment la perspective des Jeux olympiques et paralympiques de 2024) ; car il importe aussi de lutter contre la stigmatisation de la Seine-Saint-Denis qui favorise les discriminations, notamment à l’embauche.